Pouvoir, argent et mérite : 150 ans de la méthode des cas à travers le Commonwealth


Ces dernières années est passé inaperçu le cent cinquantenaire d’une petite révolution dans le monde du droit de tradition anglo-nord-américaine. Alors tout juste nommé premier doyen à la jeune Harvard Law School, Christopher Columbus Langdell mit en œuvre à la rentrée automnale de 1870 les bases d’un modèle à l’époque radical de formation juridique universitaire à temps plein avec comme élément central la méthode dite par cas (case method). Après des débuts controversés où elle fut ridiculisée par les observateurs, la méthode par cas s’est répandue dans les écoles de droit du pays et, à partir de l’entre-deux guerres, dans les provinces anglo-canadiennes.

L’après-guerre de 1945 représente un point tournant dans l’essor de la méthode par cas au sein des autres pays de tradition de common law. D’une part, les États-Unis sortent du dernier conflit mondial en tant que première puissance politique et économique de la planète. D’autre part, le Royaume-Uni accélère le rythme de son désengagement de ses colonies et dominions. Soutenue par de riches fondations privées et même l’État, les écoles de droit américaines et leurs professeurs s’investiront massivement à l’échelle internationale dans la formation juridique et, par le fait même, dans l’exportation de la méthode par cas. Durant les années 1960, cet investissement sera particulièrement concentré en Afrique et en Inde, porté par le mouvement « droit et développement ».

En un siècle et demi, le bilan international de l’intégration de la méthode par cas dans l’enseignement des cours de base de droit est partagé. L’investissement direct étranger par les Américains dans le secteur de la formation juridique universitaire et le détachement de professeurs américains pour aller donner un enseignement à l’étranger ont produit des succès limités qui n’ont bien souvent pas duré après le retrait de la majeure partie du soutien américain dans les années 1970. Plutôt, le rayonnement international de la méthode par cas serait attribuable à l’exposition directe à celle-ci des professeurs invités et étudiants internationaux se destinant à la carrière académique. Au terme de leur séjour dans les écoles américaines, de nombreux d’entre eux retourneront dans leur pays attache avec l’intention d’adopter la méthode à leur tour.

Aujourd’hui est sans doute dépassé le vieux débat opposant les tenants de l’enseignement magistral à ceux de la méthode par cas. À travers le monde, et même dans le berceau de celle-ci, l’enseignement du droit s’est considérablement diversifié pour inclure une variété d’approches additionnelles, notamment les séminaires, tribunaux-écoles, tutorats, cliniques juridiques et stages coop. La méthode par cas conserve ses adeptes comme ses critiques, mais même chez ces derniers, une innovation langdellienne a recueilli un succès à travers le Commonwealth et transcendé les modes d’enseignement traditionnels du droit : le recueil jurisprudentiel ou casebook.

Ce contenu a été mis à jour le 22 juillet 2022 à 21 h 37 min.